Patrice Beghain

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mercredi 20 janvier 2010

Histoires de collections ou collections d’histoires ?

La parution du premier catalogue exhaustif des collections du Musée d’art contemporain de Lyon (mac) et la présentation par le Musée des Beaux-Arts (MBA) de sa collection d’art moderne dans le cadre d’une exposition temporaire, qui en renouvelle la vision, offrent une belle occasion de réflexion aussi bien sur les continuités et les ruptures qui marquent l’histoire de l’art aux 20e et 21e siècles que sur la notion même de collection et… de musée. Si la création du mac s’est d’abord faite, en 1984, au sein même du Musée des Beaux-Arts, il a tout de suite affirmé son autonomie sous l’appellation Saint Pierre Art Contemporain. Cette revendication d’indépendance, qui trouvera son aboutissement en 1995 avec l’installation dans le bâtiment de Renzo Piano à la Cité internationale, n’est pas tant administrative qu’esthétique. Dans un entretien qui ouvre le catalogue, Thierry Raspail, fondateur et toujours directeur du Mac, annonce clairement…la couleur ; pour lui une collection d’art contemporain est avant tout une série de formes « qui rendent visible une “problématiqueˮparticulière puisée dans une œuvre individuelle » : une collection d’art contemporain est la conservation d’une suite de « moments-expositions », elle « raconte des histoires singulières ». A l’inverse, le musée traditionnel, caractérisé par une succession de salles organisées selon un parcours historique, serait incapable de rendre compte de la « temporalité spécifique » de l’œuvre d’art, inscrite d’une certaine façon dans un discours qui, visant à faire Histoire, est une sorte de « fiction », qui l’utilise à d’autres fins que sa propre visibilité. De fait l’architecture même du mac est à l’opposé de la structure habituelle du musée : « l’espace doit être asservi à l’œuvre, et non l’inverse » ; les grands plateaux permettent de créer, pour chaque exposition, un espace nouveau, presque totalement au service de l’artiste et de son projet. Au fil de vingt-cinq ans d’activité, et, plus particulièrement, depuis 1995, chacun a pu effectivement juger de la pertinence du projet et, dans la suite des expositions, de l’intelligence et de l’à-propos avec lesquels les artistes ont pris possession des lieux, avec énergie et jubilation. Cette conception du musée comme lieu de production s’est en outre conjuguée avec une logique tout à fait originale dans la constitution de la collection. Les acquisitions, le plus souvent effectuées à l’occasion des expositions, ne visent, en aucune façon, à former un ensemble exhaustif, de toute façon, impossible à constituer : le musée n’a pour ambition que d’être la mémoire de sa propre histoire ; il est, à cet égard, substantiellement contemporain. Le catalogue, fort volume de 657 pages, constitue comme la chronique de cette aventure, à laquelle nous pouvons confronter nos propres souvenirs et nous remémorer des moments souvent exceptionnels ; quarante-sept notices détaillées, judicieusement illustrées, rendent compte de cette « collection d’expositions », selon la formule significative de Thierry Raspail, le reste de la collection – acquisitions des débuts ou dons d’artistes reconnaissants ou soucieux de leur cote – étant renvoyé en annexe. A priori l’exposition conçue au Musée des Beaux-Arts par Sylvie Ramond, sa directrice, s’inscrit dans une autre histoire. On a souvent stigmatisé, par comparaison avec les politiques menées à Grenoble ou à Saint-Étienne, le conservatisme des politiques menées durant le 20e siècle à Lyon, qui avait su être précurseur pour les impressionnistes. De fait si l’inamovible Édouard Herriot, maire de Lyon de 1905 à 1957a le plus souvent freiné, malgré sa culture, les élans modernistes de la commission du musée, l’acharnement de quelques enthousiastes, comme le critique René Deroudille, a eu, à plusieurs reprises, raison des réticences municipales, comme à l’occasion de l’acquisition en 1948 d’un portrait d’Albert Gleizes et surtout en 1956 de Paysage blond de Dubuffet, la première toile de l’artiste à entrer dans une collection muséale. Des dépôts de l’État et du Musée national d’art moderne, des dons et des legs, quelques acquisitions n’auraient néanmoins pas fait une collection d’art moderne, si n’était intervenu, après sa mort accidentelle, en 1997, le legs exceptionnel de Jacqueline Delubac : un nouveau Dubuffet, deux Picasso – dont un chef-d’œuvre, Femme assise sur la plage – deux Rouault, deux Wifredo Lam et deux Bacon, dont l’exceptionnelle Étude pour une corrida. Comme on le voit, conjonction de décisions, d’opportunités et de dons, une telle collection – au demeurant la seconde collection d’art moderne française, derrière celle du Centre Pompidou – entérine l’actualité artistique, alors que celle du Mac, d’une certaine façon, tente de la créer. Les responsables actuels du MBA n’y sont évidemment pour rien et même certains de leurs prédécesseurs, en quelques occasions, comme pour l’achat d’un Gauguin en 1913, ont su montrer leur réactivité à l’art contemporain ; il nous faut accepter que, pendant près de deux siècles, les musées, du fait, entre autres, des circonstances qui ont présidé à leur naissance et de l’approche pédagogique et historiciste qu’ils ont privilégiée, se sont le plus souvent trouvés coupés du mouvement artistique qui leur était contemporain. L’intérêt de l’exposition actuelle du MBA consiste précisément dans le fait qu’elle actualise d’une certaine façon cette collection. L’accrochage conçu par Sylvie Ramond ne se contente pas d’en prendre acte ; le titre choisi, Les Modernes s’exposent au Musée des Beaux-Arts de Lyon, rend tout fait au compte de ce parti dynamique. Les choix de la commissaire, ce qu’elle retient et… ce qu’elle écarte (on peut regretter qu’elle n’ait pas tenté, à une ou deux exceptions près, d’insérer quelques artistes « lyonnais » dans ce parcours, ne serait-ce que pour les sortir de leur « lyonnitude ») sont certes déterminants ; revisitant la collection, enrichie pour la circonstance de quelques emprunts, elle fait plus que proposer une histoire – son histoire – de l’art du 20e siècle. A sa façon, comme Thierry Raspail avec la collection du mac, elle propose une histoire de la relation du MBA avec l’art du 20e siècle, subtilement racontée dans un parcours ouvert, où le regard n’est jamais prisonnier de la scénographie. La distribution des œuvres ne se veut pas didactique, mais interrogative ; rien ici n’est imposé, beaucoup est suggéré : à chaque visiteur, s’il le veut, de se construire sa propre mémoire. Ici aussi, nous sommes conviés à entrer dans ce que Thierry Raspail appelle des « moments-expositions » ; il y en a vingt-cinq. Au fond un musée ne raconte jamais que son histoire, l’histoire de sa collection. Patrice Béghain

jeudi 10 septembre 2009

MK vs FM

M. Karmitz "complémentaire"de M. Mitterrand, supplétif ou ... simple bouffon du roi?

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lundi 9 février 2009

MON BLOG CHANGE

Depuis près d'un an je n'exerce plus de responsabilité publique; après un long silence mon blog change de fonction et d'esprit; il me permettra de mettre en ligne des textes de réflexion et de contribuer sur divers sujets au débat citoyen. Je publie en mars aux éditions La Passe du vent un livre d'entretiens, qui sera suivi d'une Lettre au successeur d'André Malraux. En accord avec l'éditeur, je publie en avant-première le texte de cette Lettre qui souhaite contribuer au nécessaire débat sur l'avenir des politiques publiques culturelles, l'année où l'on célèbre le cinquantième anniversaire de la création du ministère de la culture.

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jeudi 24 janvier 2008

LES EGLISES DE FRANCE

Un débat s'engage sur l'avenir des églises, souvent construites au 19ème siècle, qui n'ont plus ou pratiquement plus d'usage cultuel: restauration, démolition, réutilisation. Sauf cas de péril, je ne suis pas favorable à leur démolition; nous commençons à peine à réhabiliter le patrimoine du 19ème siècle, encore trop mal aimé, et pourtant tout à fait intéressant d'un point de vue historique, esthétique et sociologique. En revanche il faut poser avec force la question de la désaffectation, c'est à dire d'une certaine façon du retour à une fonction ordinaire, des églises dont les paroisses n'ont plus véritablement d'usage. Il serait malsain de se crisper sur une conception dépassée d'une société chrétienne; en tant qu'organisation sociale, politique et culturelle, souvent contraignante, la chrétienté est derrière nous; c'est une des heureuses conquêtes du 18ème siècle, même si je suis de ceux qui n'ont aucun état d'âme, si je puis dire, à prendre en compte l'apport du christianisme à notre identité commune. La restauration des églises incombe de par la loi aux communes; celles-ci ne pourront pas justifier les sommes nécessaires, si elles sont employées à entretenir des édifices sans fonction; il faut donc débattre, au cas par cas, avec les autorités religieuses, d'un autre usage des églises qui n'ont pratiquement plus de fonction cultuelle. Il y a suffisamment de besoins culturels et sociaux à satisfaire, pour que ces édifices retrouvent une utilité sociale, respectueuse de l'esprit des lieux; nos concitoyens accepteront d'autant mieux que les villes et les villages dépensent des sommes parfois considérables pour entretenir les édifices qui restent affectés au culte.

jeudi 13 décembre 2007

LA DIRECTION DES MUSEES DE FRANCE ET LA REFORME DE L'ETAT

LE FIGARO, organe autorisé d'information gouvernementale, nous apprend que, dans le cadre du programme de réforme de l'Etat, sur lequel je reviendrai, la Direction des Musées de France, déchargée de ses tâches de gestion, " sera recentrée sur la recherche des meilleurs moyens pour obtenir les résultats qu'elle aura définis". Voilà enfin une garantie d'efficacité: je définis moi-même les résultats auxquels je dois parvenir et je mets en oeuvre les moyens nécessaires; c'est ce qui s'appelle l'autarcie administrative! Bravo Sarko! C'est la rupture!

lundi 5 février 2007

Bond et Lynch à Lyon

Deux grandes présences à Lyon cette semaine, deux artistes majeurs: Edouard Bond aux Célestins, auquel j'ai eu l'honneur de remettre la médaille de la Ville; David Lynch à l'Institut Lumière, à l'invitation de Thierry Frémaux. Elle est loin la province de jadis! Leur parole, leur aura nous réconfortent dans la médiocrité ambiante; mes amis, écoutez les artistes, ils vous en disent au moins autant que vos experts en économie et en sociologie!

mercredi 17 janvier 2007

Jean-Luc Lagarce aurait 50 ans

J’ai assisté aux débuts de Jean-Luc Lagarce dans une position un peu particulière, puisque j’étais alors directeur régional des affaires culturelles, au début du grand élan des années Lang. Les comités d’experts mis en place par Robert Abirached, directeur du théâtre, étaient à l’affût des « jeunes compagnies », dans l’intention de donner un nouvel élan, moins institutionnel, à la décentralisation dramatique. Ce fut donc un bonheur de pouvoir aussi contribuer à aider la jeunesse et l’audace, d’accompagner une aventure qui correspondait à ce que j’attendais du théâtre. Bien sûr je me tenais sur la réserve ; il y avait les comités d’experts et les chargés de mission (les futurs conseillers) ; Abirached qui se méfiait de l’administration en place, avait soigneusement bordé le pouvoir des préfets et des directeurs régionaux, je m’en tenais donc à mon rôle. Ce fut pourtant à propos de Jean-luc Lagarce que je connus ma première « crise » avec le comité d’experts ; il me fallut en effet prendre parti contre l’inspecteur qui était censé représenter la direction centrale et qui était lui-même un auteur qui faisait les beaux ( ?) soirs du théâtre parisien et contre quelques experts, qui considéraient que le travail de Lagarce était abscons et prétentieux ; j’obtins gain de cause. Ce fut le premier risque que je pris pour Jean-Luc Lagarce. J’en pris un autre – sans gravité – en décidant contre toute déontologie d’écrire sous un pseudonyme une critique dans une revue culturelle financée par le Conseil régional. J’avais en effet été bouleversé par l’adaptation que Lagarce avait proposée des Egarements du cœur et de l’esprit de Crébillon fils à l’Espace Planoise, un de ses lieux nouveaux qui, un peu partout en France, comme le Théâtre Garonne, que je connus peu après à Toulouse, ont contribué à changer la vie des artistes et de spectateurs dans les régions. J’écrivis donc mon papier avec une jouissance secrète. Il parut, je fus heureux, comme si j’avais obtenu le prix Goncourt ! Non seulement Lagarce avait réalisé une adaptation d’un roman qui était un modèle du genre, par sa fidélité à une langue, à une situation, à une époque, en trouvant une équivalence parfaite entre l’écriture et les temps respectifs du récit et du théâtre, mais par sa mise en scène et sa direction d’acteurs il avait su donner à cette prose aiguë, mais parfois un peu abstraite, du 18ème siècle une densité et une sensualité que l’on retrouve rarement au théâtre. Il faut dire qu’il était merveilleusement servi par ses deux interprètes, Mireille Herbstmeyer et François Berreur, qui donnaient leur cœur et leur corps à ces personnages auxquels Lagarce n’avait pas donné de noms. Ensemble et chacun, ils étaient pour le spectateur une promesse. Demain peut-être une autre femme, un autre jeune homme incarneront à nouveau Lui et Elle, Meilcour et Madame de Lursay ; pour moi la rencontre a déjà eu lieu, je n’ai rien oublié. Le temps a passé ; Jean-Luc nous a donné d’autres bonheurs, d’autres émotions ; il est devenu un des grands de sa génération, puis il nous a quittés ; la dernière mise en scène de lui que j’ai vue, c’était à Oullins, au Théâtre de la Renaissance, Le Malade imaginaire, comme l’opéra noir et baroque de la mort.

vendredi 12 janvier 2007

la cérémonie des voeux

Au-delà du rituel et des mots convenus, les rencontres qu'offre chaque année l'organisation des voeux permettent un contact rapide certes mais le plus souvent amical et sans enjeu, dégagé un instant des contraintes, du jeu des demandes, des discussions, des divergences et des refus. Je mesure le privilège, en toute humilité, qui m'est donné de pouvoir m'adresser de longues minutes à celles et ceux qui sont en partie venus pour cela. Aussi m'efforcé-je d'apporter sens et contenu à mes propos. J'ai terminé hier en citant René Char dont nous fêtons cette année le centenaire de la naissance:"Les vrais, les purs bâtisseurs haïssent la léthargie des forteresses." Il y aura bien d'autres occasions cette année de citer René Char...

mardi 9 janvier 2007

un jour et demi à Paris...

A l'occasion d'un bref déplacement à Paris, circuit de quelques expos. Le Louvre d'abord: queue pour entrer, queue pour payer, queue pour accéder à l'exposition Hogarth! Le plaisir s'émousse! Comment trouver l'équilibre entre la fonction démocratique des musées et la contemplation paisible des oeuvres? Le tourisme de masse ne détruit-il pas son objet? En revanche, visite sereine de l'expo du sculpteur Desiderio da Settignano! A Pompidou, superbe expo Rauschenberg! Galerie Berès, belle sélection de toiles et de dessins cubistes, une vraie anthologie! Enfin à la Maison-Rouge de la Fondation Antoine de Galbert, très belle expo d'une collection particulière d'oeuvres dada et surréaliste; un grand coup d'amitié à Antoine de Galbert, que j'ai connu à Grenoble; voilà de l'argent privé bien employé!

vendredi 22 décembre 2006

acharnement judiciaire contre l'expo Présumés innocents

Après Henry-Claude Cousseau, alors directeur des musées de Bordeaux, ce sont les deux commissaires qui, 6 ans après la tenue de cette exposition, sont mis en examen. J'ai vu en son temps cette exposition; c'était une exposition superbe sur la représentation de l'enfance dans et par l'art contemporain, comme l'atteste le catalogue que j'ai sous les yeux. Il est extravagant que la plainte déposée par une obscure association locale n'ait pas fait l'objet d'un classement sans suite et surtout qu'il se trouve un magistrat qui prononce des mises en examen pour des chefs d'accusation extravagants. Nous pensions être au 21ème siècle, nous voici revenus aux procès de Baudelaire et de Flaubert. Je suis bien sûr pleinement solidaire des personnes mises en examen; je l'ai d'ailleurs exprimé dès sa mise en examen à H.C. Cousseau. Il faut dire, ce qui a été peu rappelé jusqu'ici, que l'attitude du maire de Bordeaux de l'époque, Alain Juppé, qui n'avait pas voulu figurer sur le carton d'invitation, ni être représenté au vernissage, ouvrait la porte à ce genre d'issue; la lâcheté des élus encourage parfois nos concitoyens à des attitudes rétrogrades. Nous ne sommes pas à Lyon à l'abri de ce type de comportement, puisque j'ai reçu une lettre du maire du 2ème arrondissement, qui protestait contre le fait que, dans le cadre des expos de Septembre de la photographie, une artiste ait présenté un travail sur les prostituées de Perrache. J'espère que cet élu n'exercera jamais de responsabilités qui le mettraient en situation de censurer des expositions.

jeudi 21 décembre 2006

La BF 15 va doubler ses surfaces d'exposition en s'installant quai de la pêcherie

Le souhait de l'Olympique Lyonnais de disposer du local privé actuellement loué par la Ville pour la BF15 a amené les responsables des trois entités concernées à rechercher une solution de relocalisation de la BF15. Ses animateurs souhaitaient, en accord avec la Ville, trouver un lieu de grande visibilité; ils ont jeté leur dévolu sur un bel espace commercial situé quai de la pêcherie, non loin de la place des Terreaux. La Ville et l'OL se sont mis d'accord pour créer les condiitons de cette implantation, qui sera très rapidement opérationnelle, pour permettre à la BF15 d'accueillir un artiste suisse dans le cadre de la manifestation La belle Voisine. Ensuite des travaux d'aménagement seront conduits, au terme desquels la BF15 disposera de locaux plus vastes et plus fonctionnels, pour poursuivre son activité au service de l'art contemporain. La bonne volonté de tous et l'esprit de partenariat ont permis de trouver la meilleure solution possible pour tous.

jeudi 14 décembre 2006

Vers la reconnaissance par l'Etat du théâtre de la X-Rousse?

Il semble que le ministère de la culture s'apprête à accorder un label national au théâtre de la X-Rousse

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