RÉCAMIER Jeanne-Françoise-Julie-Adélaïde dite Juliette Lyon, 1777 – Paris, 1849. Elle a été aimée par certains des hommes d’esprit et de plume les plus illustres de son temps, par les plus grands noms d’Europe, mais elle n’a sans doute aimé, au point de désirer en mourir qu’un fier et bel Hohenzollern et ne s’est – peut-être – donnée à plus de quarante ans qu’à un cinquantenaire avide de femmes et affamé de pouvoir ; elle a été peinte ou dessinée par les plus grands artistes, mais c’est un obscur portraitiste genevois qui a peut-être le mieux saisi sa grâce et sa sensualité ; elle est la Lyonnaise la plus célèbre, mais elle a passé le plus clair de sa vie à Paris, sauf quand Napoléon* l’en eut exilé, et représente une figure accomplie de la Parisienne ; elle aurait pu être la rivale de la femme la plus en vue d’alors, elle a été son amie la plus chère, malgré les coquetteries, parfois sérieuses, qui ont pu les séparer ; les plus grands écrivains – qui l’ont aimée – ont eu à cœur, sous son regard attentif, d’écrire sa vie, mais longtemps le récit qui fit autorité fut celui de sa fille adoptive, attentive à laisser dans l’ombre ce qui semblait malséant. Quand d’autres femmes sont entrées dans l’histoire par des destins éclatants ou par des existences tragiques, inscrits dans leur naissance ou liés aux circonstances de leur vie, elle affiche quant à elle une perpétuelle égalité d’humeur ; au milieu d’un cénacle, qui vit en permanence comme dans un théâtre, où l’on joue alternativement la comédie des sentiments et la tragédie des passions, elle offre l’apparence sereine d’une mélancolie paisible. « Une femme de nos jours est parvenue à la célébrité sans l’avoir cherchée en aucune sorte », écrit superbement Ballanche*, chroniqueur précis et chevalier servant ; « une femme de nos jours » ˗ dans l’ambiguïté syntaxique, l’essentiel est dit : dégagée de l’influence du temps, pour mieux incarner son époque, Juliette Récamier, grâce à un savant contrôle de son image et à la diffusion de versions maîtrisées de sa vie, personnifie, pour les premières décennies du 19e siècle, la femme moderne. Alors, une star ? Malgré elle ? Peut-être ! A ceci près qu’aujourd’hui elle serait la proie des paparazzi et l’aubaine des magazines people, tandis qu’au 19e siècle, ses biographes s’appellent Constant et Chateaubriand, ses peintres David et Gérard, ses sculpteurs Canova et Chinard. Question de style ? Précisément ! Le style Récamier. Juliette Bernard est née à Lyon, rue de la Cage, à l’emplacement de l’actuelle rue de Constantine, le 3 décembre 1777, dans une famille aisée ; son père, Jean Bernard (v.1748-1828) est notaire, sa mère Marie (v.1756-1807) est la fille d’un bourgeois de La Guillotière, où ils se sont mariés en 1775. En 1786 ses parents quittent Lyon pour Paris, où Jean Bernard est nommé receveur des finances ; ils laissent Juliette, qui bientôt entre en pension chez les Bénédictines* de la Déserte, où une de ses tantes est religieuse ; elle gardera de cette période le souvenir d’ « un vague et doux rêve, avec ses nuages d’encens, ses cérémonies infinies, ses processions dans les jardins, ses chants et ses fleurs ». Bientôt ses parents la font venir à Paris, où ils mènent grand train, recevant dans leur hôtel particulier de la rue des Saints-Pères leurs amis lyonnais, Pierre-Édouard Lemontey (1762-1826), futur député du Rhône et Loire, et futur académicien, Camille Jordan*, Joseph-Marie de Gérando*, sans oublier un ami de toujours de la famille, le négociant et banquier Jacques-Rose Récamier (1751-1830), qui le 24 avril 1793, à l’âge de quarante-deux ans, épouse Juliette, qui n’a pas seize ans. Sur cet étrange mariage, dont il est établi par les contemporains qu’il n’a pas été consommé, on a tout écrit ; l’hypothèse aujourd’hui retenue, mais qui demeure fragile, une fois écartée l’insinuation perfide de Mérimée (1803-1870) quant à une malformation physique de Juliette, est que Jacques Récamier, ayant été l’amant de madame Bernard, il lui paraît raisonnable, dans une période troublée, où ses activités financières, proches de l’agiotage, peuvent le mener à l’échafaud, d’assurer à celle qui est peut-être sa fille naturelle, par un contrat de mariage avantageux, la transmission de sa fortune. Après Thermidor les affaires de Récamier prospèrent ; il ouvre officiellement un comptoir bancaire, loue un château à Clichy, où le couple reçoit ; déjà le vieil écrivain Jean-François La Harpe (1739-1803) est amoureux d’elle et un neveu de son mari, Paul David (1778-1860), qui lui restera fidèle toute sa vie, lui fait une cour assidue. Joseph Chinard*, reçu par les Récamier, exécute une petite terre cuite qui, avec une autre esquisse de 1801-1802, lui servira à réaliser un buste en marbre vers 1805-1806. Fin 1798 Récamier achète à Jacques Necker (1732-1804), par l’intermédiaire de sa fille Germaine de Staël (1766-1817), un hôtel situé rue du Mont-Blanc (auj. rue de la Chaussée d’Antin) ; c’est la première rencontre entre celles qui, malgré les rivalités amoureuses, seront les meilleures amies et les deux femmes les plus célèbres de leur temps, « l’énergie tempérée par la grâce », selon l’expression de Ballanche*. Décoré par Charles Percier (1764-1838) et Pierre Fontaine (1762-1853), meublé par François-Honoré Jacob (1770-1844), qui seront bientôt sollicités par le nouveau pouvoir, l’hôtel de la rue du Mont-Blanc, dont le couple prend possession à la fin de 1799, devient, dans un décor qui crée un style, où domine le goût de l’antique, un des foyers de la vie mondaine du Consulat, en alternance avec la résidence de Clichy qui sert l’été. A vingt-et-un ans, Juliette, belle et riche, comme une jeune déesse qui fait oublier les malheurs et les horreurs d’hier, commence à faire courir le Tout-Paris. Lucien Bonaparte (1775-1840), rencontré avant le 18 huit Brumaire qui le fait ministre de l’intérieur, tente, en vain, de prendre l’apparence de Roméo pour séduire Juliette ; le jeune Eugène de Beauharnais (1781-1824), Bernadotte (1763-1844), Masséna (1758-1817) font assaut de galanterie ; deux cousins germains, rentrés d’exil, Adrien de Montmorency (1768-1837) et Mathieu de Montmorency (1767-1826) sont aussi sous le charme ; faute d’être aimés, ils deviendront des amis fidèles. Le mythe est en marche ; il convient de lui donner une figure susceptible d’être exposée au Salon ; David, qui vient d’achever le portrait d’Henriette de Verninac (1780-1827), sœur aînée de Delacroix (1798-1863) et épouse de Raymond de Verninac*, préfet du Rhône, en est tout d’abord chargé, puis abandonne et garde le portrait en l’état ; Gérard est sollicité, propose un premier projet, mais n’achèvera qu’en 1805 le portrait, acheté par la Ville de…Paris en 1860. Tous les déplacements dans Paris, à l’Opéra, au Palais-Royal, de Juliette Récamier deviennent prétexte à rassemblement ; la curiosité est à son comble le jour de Pâques 1801, lorsqu’à l’occasion du rétablissement du culte, elle fait la quête à Saint-Roch, dont le curé, Claude-Marie Marduel (1747-1833), originaire de Lyon, comme son oncle Jean Marduel (1695-1787), auquel il a succédé, est un ancien vicaire de Saint-Nizier* ; toutes les journées ne sont pas aussi fastes ; quelques mois auparavant, il lui a fallu mobiliser ses relations les plus élevées, pour obtenir, grâce à l’intervention de Bernadotte, l’élargissement de son père, emprisonné pour royalisme. Avec la marche vers l’Empire et les remous que suscitent les ambitions du Premier Consul, l’orage menace ; en 1803, Germaine de Staël est bannie de Paris et se réfugie à Coppet ; Juliette, malgré la sympathie de Fouché (1759-1820), qui tente, après la proclamation de l’Empire, de l’attirer à la Cour, est surveillée ; on lui reproche sa naïveté – en fait sa générosité – qui l’amène à recevoir des personnalités hostiles au régime et à rester en relation suivie avec Germaine de Staël, en faveur de laquelle elle intervient à plusieurs reprises. En 1805 la faillite de son mari lui fait tout perdre, sauf l’amitié de ses amoureux, son pouvoir de séduction, tel que l’éprouve le locataire de l’hôtel, le prince Alphonse Pignatelli ( ?-1807), grand d’Espagne, qui mourra bientôt de la tuberculose, et, pour un temps, le rez-de-chaussée de son hôtel particulier, avant qu’il ne soit vendu ; deux ans plus tard sa mère, dont elle est restée proche, disparaît, après avoir fait de Juliette sa légataire universelle, ce qui lui redonne une certaine aisance matérielle. Germaine de Staël, qui, revigorée par le succès de Corinne, multiplie les incursions en France, est contrainte de retourner à Coppet ; de passage à Lyon en mai 1807, elle évoque « un lieu qui est une patrie pour vous et où l’on désire vivement de vous revoir ». Juliette se décide enfin au voyage de Coppet et quitte Paris au début de juillet avec le soupirant du moment, Elzéar de Sabran (1774-1846) ; après un accident de voiture, elle parvient au château, au bord du lac, où la compagnie qui entoure Germaine de Staël mène une existence de perpétuelles vacances, à peine troublée par les fureurs du couple que forment la maîtresse de maison et Benjamin Constant (1767-1830). Dans la torpeur de l’été, Juliette y connaît sa première passion, à l’arrivée du prince Auguste de Prusse (1779-1843), neveu de Frédéric le Grand (1712-1786) ; ils se promettent par écrit de tout faire pour s’unir ; Juliette s’engage à faire rompre son mariage ; elle sera princesse royale de Prusse ; c’est alors que le portraitiste genevois Firmin Massot (1766-1849) la saisit, bien différente des portraits de David et de Gérard, amoureuse et enfiévrée. De retour à Paris, où elle reçoit de Berlin des lettres enflammées, Juliette doit prendre la décision la plus difficile de sa vie : le choix du bonheur et la perte de sa liberté ; au printemps 1808 elle choisit d’envoyer à Berlin le portrait de Gérard ; après avoir écrit à son mari une lettre d’adieu, elle s’apprête à se suicider ; il semble que ce soit son cousin Brillat-Savarin (1755-1826) qui réussisse à l’en dissuader. Les années suivantes sont marquées par plusieurs séjours de Juliette, de plus en plus suspecte au régime, en raison de ses fidélités et de son attachement à Germaine de Staël, dans sa région d’origine ; le 18 juin 1809 elle la rejoint d’ailleurs à Lyon, où elle est venue assister aux représentations du tragédien Talma (1763-1826) et séjourne avec sa compagnie à l’Hôtel de l’Europe ; après un séjour à Aix-en-Savoie, on s’installe pour l’été à Coppet, où Juliette reçoit une lettre de rupture du prince Auguste, qui n’en cherchera pas moins par la suite à la revoir. Au printemps suivant, elle séjourne à nouveau à Aix et en profite pour renouer avec une de ses belles-sœurs Récamier dans le Bugey ; lors d’une belle journée à Cressin, près de Belley, elle fait connaissance de sa petite nièce, Joséphine Cyvoct (1803-1893), qui, après la mort de sa mère, la rejoint et devient, avec le prénom d’Amélie, sa fille adoptive ; ayant épousé en 1826 l’archéologue Charles Lenormant (1802-1859), elle sera la dépositaire vigilante de la mémoire de sa tante, publiant en 1860 un récit de sa vie, à partir de ses souvenirs et de sa correspondance. Durant l’été 1811 Juliette Récamier est frappée d’une mesure d’exil : « Madame Récamier née Juliette Bernard se retirera à 40 lieues de Paris » ; elle s’installe d’abord à Châlons-sur-Marne, puis en juin 1812, ayant appris que Germaine de Staël a quitté Coppet pour l’Europe centrale et se sentant abandonnée, elle gagne Lyon. Elle descend à l’Hôtel de l’Europe, dont elle sort peu, se livrant à de bonnes œuvres avec une autre de ses belles-sœurs Récamier ; elle se lie avec une autre exilée, la duchesse de Chevreuse (1785-1813), qui se meurt de la tuberculose et qu’accompagne sa belle-mère, la duchesse de Luynes (1755-1830), également belle-mère de Mathieu de Montmorency, passionnée d’imprimerie. Dans le salon de madame de Sermézy*, elle fait la connaissance d’Artaud*, de Revoil* et de Richard*. Par l’entremise de Camille Jordan*, elle fait la connaissance de Pierre-Simon Ballanche*, alors sous le coup de sa rupture définitive avec Bertille d’Avèze (1787-1825), qui vient d’épouser Victor de Bonald (1780-1871), un frère aîné de l’abbé de Bonald*, le futur archevêque ; dès le lendemain de leur présentation Ballanche revient la voir ; c’est, pour Juliette, le début d’une grande amitié et, pour le philosophe, du grand amour de sa vie, qui le conduira à attacher désormais ses pas à ceux de Juliette, qui, durant ce séjour, reçoit Auguste de Staël (1790-1827), le fils aîné de Germaine, qui vient mettre un terme à leur flirt. Au début du Carême 1813, elle quitte précipitamment Lyon, pour une raison que l’on ignore, peut-être la déception de la rupture avec Auguste de Staël ou quelque affaire sentimentale, et entreprend un voyage en Italie, dans un état dépressif, qui ne se dissipe qu’à son arrivée à Rome, où elle s’intègre rapidement à la société française et fait la connaissance du sculpteur Antonio Canova (1757-1822), qui se prend d’affection pour elle ; Ballanche* l’y rejoint pour une semaine, puis fin 1813, elle gagne Naples, où elle est bien accueillie par les souverains et est témoin de la trahison de Joachim Murat (1767-1815) et de son ralliement aux Alliés. De retour à Rome, elle découvre les deux bustes qu’a sculptés Canova ; ils ne lui plaisent pas, l’un d’eux deviendra la Béatrice, dont subsistent plusieurs versions. La nouvelle de l’abdication de Napoléon* l’amène à quitter Rome, au moment où Pie VII* rentre triomphalement dans sa ville. Elle est de retour à Paris à la mi-juin et y reprend son rôle ; au début de l’été 1814, Chateaubriand (1768-1848) lit chez elle Les Aventures du dernier Abencérage, qu’il ne publiera qu’en 1826, devant un parterre prestigieux ; le duc de Wellington (1769-1852), le triomphateur de la guerre d’Espagne, ambassadeur du Royaume-Uni, lui fait la cour ; elle lui prête les lettres de Julie de Lespinasse* au comte de Guibert (1743-1790), d’une grande amoureuse à un grand stratège. La surprise vient de Benjamin Constant (1767-1830), qu’elle connaît depuis près de quinze ans, dont elle a suivi presque au jour le jour les démêlés sentimentaux avec Germaine de Staël et qui se déclare fou amoureux d’elle, tandis qu’elle reste de marbre. Au milieu des bouleversements politiques, elle retrouve en 1816 Germaine de Staël, mais c’est pour accompagner ses derniers mois, durant lesquels une autre aventure commence : la liaison avec Chateaubriand, qui secoue le petit monde des habitués et qui correspond en outre à une nouvelle réduction du train de vie de Juliette Récamier ; elle s’installe en octobre 1819 avec sa nièce, dans un petit appartement à l’étage, qu’elle quittera plus tard pour un autre, plus vaste, à l’Abbaye-aux-Bois, à l’angle actuel de la rue de Sèvres et du boulevard Raspail, un ancien couvent qui fait pensionnat et accueille des locataires ; l’élève de Girodet, François-Louis Dejuinne (1784-1844) a peint l’intérieur de Juliette, dont une lithographie a diffusé l’image, avec le tableau de Gérard, Corinne au cap Misène, commandé par Auguste de Prusse et attribué par testament au Musée de Lyon*, ainsi qu’un buste de Canova, le piano forte, la bibliothèque et l’incontournable méridienne. La période est moins mondaine, mais plus sereine, grâce à la présence attentive d’Amélie Cyvoct, à la garde vigilante de Ballanche*, qui vit à Paris depuis 1817 et joue auprès de Juliette au directeur de conscience, et aux visites quotidiennes de Chateaubriand, quand il est à Paris ; on n’est pas à l’abri d’une nouvelle tempête sentimentale, comme celle qui saisit à vingt ans le jeune Jean-Jacques Ampère*, qui n’obtiendra rien, mais en deviendra savant, car Juliette est amoureuse, comme en 1807, et elle l’écrit : « Il ne dépend plus de moi, ni de vous, ni de personne de m’empêcher de vous aimer ; mon amour, ma vie, mon cœur, tout est à vous ». Des historiens indiscrets ont cherché à savoir jusqu’où est allé ce tout et si Chateaubriand a obtenu ce que, semble-t-il, aucun autre n’a obtenu ; on n’en sait rien, même si on a beaucoup glosé sur un tête-à-tête à Chantilly au printemps 1822, avant le départ de Chateaubriand pour l’ambassade de Londres. Toujours est-il qu’à l’automne 1823 Juliette quitte Paris pour l’Italie ; l’activisme frénétique et les incartades de son amant ont eu raison de sa passion ; cette fois il ne s’agit plus d’une proscription, mais d’un exil sentimental. Elle emmène Ballanche* et Jean-Jacques Ampère*, séjourne à Rome et à Naples, où Ampère* poursuit ses essais poétiques, avant de regagner la France à la demande de son père, à l’automne 1824. A Paris, à partir du printemps 1825, elle reprend ses habitudes, fait la paix avec Chateaubriand ; au fil de la disparition des anciens amis et du groupe lyonnais, une nouvelle génération les remplace dans le salon de l’Abbaye-aux-Bois, les libéraux, comme Edgar Quinet*, Alexis de Tocqueville (1805-1859), se mêlent désormais à la vieille garde royaliste ; Sainte-Beuve (1804-1869) y fait son entrée et Chateaubriand, qui ne joue pas le grand rôle qu’il espérait après la Révolution de 1830, se contente d’être au centre de cette sorte de culte que Juliette organise pour « le grand homme » et dont les premières lectures en 1834 des Mémoires d’Outre-Tombe sont une manifestation essentielle ; Sainte-Beuve écrira : « Elle nous avait tous enchaînés au pied de sa statue avec une chaîne d’or ». Cette société d’élection n’est pas étrangère aux calculs ; on y prépare les élections académiques : en 1842 Ballanche* est élu à l’Académie française et Ampère à l’Académie des Inscriptions et Belles Lettres, en attendant de rejoindre Ballanche* en 1847 ; elle n’est pas non plus indifférente au monde : en 1841 Juliette organise une soirée de musique et de déclamation au profit des sinistrés lyonnais des inondations. Marceline Desbordes-Valmore*, qui a jadis bénéficié de l’attention matérielle de Juliette, pas en reste pour intervenir en faveur de son mari, fréquente le salon et reçoit même sa visite, écrivant en 1846 : « …sa grâce est toujours active, irrésistible ». Après la mort d’Auguste de Prusse, durant l’été 1843, Juliette récupère le grand portrait de Gérard, retrouvant ainsi dans des circonstances douloureuses une des plus belles images de sa jeunesse ; une vie se referme ainsi sur elle-même et s’achève peu à peu par la mort de ceux qui l’ont entourée ; le 12 juin 1847 Ballanche*, veillé jusqu’à la fin par Juliette et Victor de Laprade*, disparaît ; il est inhumé dans le caveau Bernard et Récamier au cimetière Montmartre. Le 4 juillet 1848 Chateaubriand s’éteint à son tour ; Juliette, que le fidèle Paul David et Jean-Jacques Ampère assistent durant ses derniers mois, meurt du choléra le 11 mai 1849, chez les Lenormant, à la Bibliothèque nationale ; une dernière trace de cette femme, qui a été si soucieuse de son image, est fixée sur son lit de mort par Achille Deveria (1800-1857). Lyon n’a jamais oublié la petite pensionnaire de la Déserte, devenue la femme la plus en vue d’Europe ; un lycée porte son nom, ainsi qu’une rue et une place, depuis peu dédiée à René Deroudille* ; en 2009 le Musée des Beaux-Arts* organise une exposition sur Juliette Récamier et les arts. Mais le plus bel hommage rendu par sa ville natale est sans doute l’essai historique que lui consacre en 1905 Édouard Herriot* dans un livre qui fait toujours référence. P.B. Françoise Wagener, Madame Récamier 1777-1849, Éditions Jean-Claude Lattès, Paris, 1986 (rééd. Flammarion, Paris, 2001) ; Agnès Kettler, Lettres de Ballanche à Madame Récamier, Honoré Champion, Paris, 1996 ; Pierre-Simon Ballanche, Vie de Madame Récamier, Peter Lang, Frankfurt am Main, 1999. Benjamin Constant et Madame Récamier, Lettres 1807-1830, Librairie Honoré Champion, Paris, 1992.